Billet d'humeur

Cher corps,

Je ne me suis jamais adressé à toi. Je t’ai scruté dans les moindres détails, j’ai grimacé à ta vue, je t’ai détesté, malmené puis j’ai appris à vivre avec toi. Je t’ai toujours regardé, de haut en bas, mais je n’ai jamais su te parler et te dire ce que, enfin, je pensais de toi. L’humain est un être hybride : il n’est pas stable et sa morphologie diverge selon les âges. Avec toi jusqu’ici, j’ai vécu quatre étapes et je souhaite aujourd’hui te les rappeler, en faire une petite analyse.

J’ai été une petite fille toute mince, très mince, « maigre » comme disaient les autres. J’ai été très blonde et j’ai eu les yeux très clairs. Ma peau a souvent pris quelques coups de soleil et, enfant, je me croyais allergique au soleil quand j’éternuais en le regardant. Quelle drôle d’idée.

J’ai été une adolescente mince, très mince, « maigre » comme disaient les autres. Mais cet adjectif s’est amplifié parce qu’à cet âge, les jeunes sont difficiles. J’ai été « une planche à pain », « une anorexique » que les autres pouvaient « casser en deux », j’ai été la fille « sans sein », « sans cul » (mais il est où ton cul?). Et j’ai été touchée. C’est à cette période qu’a commencée la difficile loi de la jungle : compare-toi aux autres et tais-toi. Je me suis comparé, jour après jour, espérant moi aussi avoir un jour une poitrine généreuse pour faire parler les beaux garçons, un « cul d’enfer » que les mecs toucheraient. Et un jour, un garçon l’a touché. Ma réaction n’a pas du tout été celle que je m’étais imaginé… Je ne me suis même retournée pour savoir qui était ce garçon, j’ai levé mon bras et lui ai donné le plus gros coup de coude de l’histoire de l’univers. En plein dans la tête. Ce jour-là, j’ai compris que j’étais ton seul propriétaire.

Il y a tant à dire sur cette période. J’ai été bouleversée sentimentalement parlant, pas d’amour, mais de haine. Mon corps a pété les plombs, il a explosé puis s’est renfermé. Je ne le commandais plus. Les angoisses arrivaient sans être invitées, ne frappaient même pas à la porte et me forçaient à finir la tête dans les toilettes. Je détestais ça. Mes bras ont commencé à le payer eux aussi. Je suis tellement désolée, petit corps. Je t’ai fait du mal en pensant pouvoir me délivrer de la haine que j’avais dans le coeur. La seule façon de la maîtriser, c’était de la faire transparaître sur mon enveloppe charnelle. Quelle erreur ça a été… j’en vois encore les séquelles et je me dis que c’était à la fois faiblesse et force, un meilleur et pire ennemi.

Et puis j’ai pris des formes, enfin! Enfin, tu t’es décidé à devenir ce que tu devais être. J’ai pris des seins, mais pas trop, juste de quoi avoir un galbe mignon. Tu t’es décidé à arrondir un peu mes fesses pour qu’enfin, je puisse m’asseoir n’importe où sans avoir mal aux os. Mes cheveux ont repris leurs droits, ils ont dit stop au lisseur et ils ont commencé à respirer. Comme moi. A force de te chercher, tu t’es allié avec mon esprit pour trouver une enveloppe en tissue qui me plaisait bien, qui me plaît encore. Tu as trouvé ton style, comment te cacher aux yeux du monde pour te préserver un peu. Pour te donner à un homme qui le mériterait.

Et il y a ce moi d’aujourd’hui, la jeune femme que je suis, du haut de ses (presque) vingt-trois ans. C’est jeune, hein, mais que de changements ! Tu le sais bien toi. Ce que ça a été de s’accepter. Qu’il y a des jours (et des nuits) où les complexes reprennent le pas et qu’il n’y a plus que ça : l’apparence. Il n’y a pas si longtemps, tu as été tiraillée. Tu te sentais à la fois bien et à la fois pas assez bien. Cette petite comparaison que tu opérais en étant adolescente, s’est réveillé d’un coup pour ne devenir qu’une obsession permanente. Tu avais peur de le perdre parce qu’il regardait les autres filles. Ces filles plus belles, ces filles plus minces, ces filles qui faisaient du sport, ces filles qui ne fumaient pas, qui ne buvaient pas. Eh! Petit corps, tu avais presque tous les défauts du monde.

Enfin, aujourd’hui vraiment, je peux dire que je t’ai presque accepté. Bien sûr, je me plains toujours et je me regarde toujours. « J’ai des grosses cuisses », « regarde-moi ça, ces vergetures dégueulasses qui ne partiront jamais », « et puis mes seins, toujours aussi petits », « ah ces doigts de pied beaucoup trop grands, on dirait des doigts de main »… J’en passe. Et pourtant, oui pourtant, je ne fais rien pour changer ces défauts. Je ne fais absolument rien. Parce que je n’aime pas le sport. Parce que je préfère me prélasser dans mon lit douillé ou dans un bain avec une bonne lecture de 600 pages. Parce que je préfère entendre mon petit ami me dire « T’es bien comme tu es, moi je te trouve magnifique. Et maintenant si tu grossis encore, ce n’est pas grave, je t’aimerai toujours ». Parce que je me dis enfin que tu changes mais que ce n’est pas de ta faute. Pour m’excuser et pour te mettre davantage en valeur, j’ai tatoué ma personnalité. J’ai mis en valeur la partie que je préfère, mon dos, avec la plus belle citation du monde et la plume à écrire de mes rêves. J’ai mis en valeur ce petit avant bras tout fragile qui, maintenant, n’a rien à envier aux plus belles peintures de fleurs. Les tatouages sont des œuvres d’art et j’avais envie que toi aussi, tu en deviennes une.

Après toutes ces années à te reluquer sans jamais m’adresser à toi, à te rendre coupable de tous les vices de la planète, je m’adresse à toi. Cher Corps, je t’ai fait du mal, je t’ai malmené, je t’ai aimé puis détesté puis re-aimé. Mais qu’est-ce que ça change? Tu es moi, je vis avec toi, nous sommes des colocataires et tu as été ma plus grande réussite.

Photographie par Camille.

Non classé

Ce qui me rend heureuse

Il y a des années, j’avais créé une liste avec cent tirets pour répertorier les choses qui me rendaient heureuse. Aujourd’hui, j’ai grandi et mûri, je n’ai plus le même regard sur ma vie. J’ai été surprise ce matin en ouvrant un réseau social qui me demandait naïvement « Qu’est-ce qui vous rend heureuse? ». Bien consciente de l’inutilité d’une telle question sur un réseau où les gens racontent tout et n’importe quoi, je me suis souvenu de cette liste préhistorique qui, je le pense encore, m’aidait à affronter les rochers de la vie. A l’heure où les doutes, le stress et les remises en question frappent à ma porte, je me laisse porter par les vents du bonheur…

Ce qui me rend heureuse…

Les souvenirs que je partage avec mes deux soeurs qui ont toujours été là dans les bons comme dans les mauvais moments, de ces rires qui ont résonné et qui résonnent encore, de ces larmes séchées à mainte reprise d’un revers de la main, de ces soirées où nous étions posées sur un lit, racontant chacune notre tour les petits déboires de la vie. Elles ont toujours su me tenir fermement la main  pour me faire aller de l’avant.

Le soleil, le matin, qui caresse de ses rayons les draps de l’amour. Ce visage posé près du mien à plusieurs reprises, que je contemple et qui me fascine de jour en jour. Cette main qui emboîte la mienne comme le puzzle parfait d’une union simple et bienveillante. Ces pas qui résonnent près des miens comme pour me dire « nous sommes ton ombre et nous veillons sur toi ». C’est l’amour, après tout, cela qui me faisait si peur et qui aujourd’hui me réchauffe le coeur.

Les nombreux souvenirs de mes parents me tenant tête, me refusant de faire ce que je voulais, me laissant pleurer toutes les larmes de mon corps… pour mieux me relever. Leur éducation et leur amour qui ont su me faire avancer à travers les obstacles, qui ont su révéler celle que j’étais, celle que je suis. Ce sont les larmes de ma mère, de peine et de joie, de crainte et de rire, qui m’ont toujours fait atrocement mal mais qui me montraient combien elle était forte, combien elle l’est encore. C’est l’amour fort, brut et aux concessions difficiles qui unie ma mère et mon deuxième papa. C’est ma réconciliation avec mon père, les larmes et les fous rires, les passions partagées et le coeur qui bat pour ce parent qui m’a toujours donné son amour.

Mes grands parents et la chance de les avoir encore près de moi, de pouvoir écouter les petites histoires de mon grand-père, de pouvoir entendre le rire de ma grand-mère, mes véritables berceuses.

Les souvenirs incalculables de tant d’années d’amitié avec mon âme soeur, ma soeur, ma moitié. Et cette réconciliation inattendue, de celle que l’on pense impossible, de celle qui vous lance une bouée quand vous n’êtes qu’un homme à la mer. Une amitié solide, sans non dits, avec transparence et soutien mutuel. L’amitié sont les ailes qui remplacent vos ailes brûlées.

Mes livres, mon univers, mes lectures, mes dessins, mes carnets, l’ambiance de mon appartement.

Les retrouvailles, à chaque vacances scolaires, avec mon petit frère.

Mes élèves qui me disent « C’est déjà fini? », « Vous venez avec nous à la sortie? Allez, s’il vous plaît! », « Je peux vous parler Madame? »… Le socle solide de toutes les fondations de ma carrière de professeur.

Les souvenirs de mes années de licence passées entre les bouquins à lire, l’intelligence de mes professeurs et, surtout, auprès de mes camarades de lettres, d’écriture, mes amis artistes. Que je salue. Qui m’ont beaucoup appris. Avec qui j’ai beaucoup partagé.

La musique et tout ce qu’elle sait transmettre, à fond dans ma voiture ou à fond dans mes oreilles.

Les soirées à déguster de bons vins avec mes camarades et amis jeunes professeurs. A la notre, les amis!

… Comme je l’écrivais il y a des années : « Marcher sans regarder mes pieds ». Cette phrase qui m’avait fait rigoler quand je l’avais écrite mais qui n’a jamais résonné aussi fort en moi. Lever la tête. Laisser pointer le soleil par delà le brouillard. S’accrocher.

Billet d'humeur, Espoir

Les mille couleurs du ciel

Assise devant son clavier, elle était partie pour écrire sur le monde et les situations dans lesquelles le chaos médiatique nous plonge de plus en plus, jusqu’au cou. Mais ses mots n’avaient aucune saveur, aucune force et, presque même, aucun espoir. Elle prône l’espoir comme une évidence, ne sachant plus très bien si cette notion est encore d’actualité. « Vivre avec son temps ». Si tel est le cas, il faut avoir peur. Ayez peur, chers citoyens de la patrie, chers citoyens du monde. Elle et tous les autres commencent à percevoir l’idée pour laquelle ils prennent les humains pour des idiots.

Vous connaissez cette phrase que nous avons tous dit un jour « Ne me prends pas par les sentiments »? Ou encore « Tu joues avec mes sentiments »? N’est-ce pas ce qu’ils sont en train de faire, les gens de là-haut, ces gens qui se sentent supérieurs puisqu’ils prétendent parler au nom d’un peuple? Le pathos, à longueur de journée, sur ces chaînes de télévision qui vous noient, qui vous asphyxient petit à petit, jusqu’à vous laisser seul, même entouré, sur votre pauvre canapé délabré.

Éteignez vos télévisions, rangez un peu vos téléphones, respirez l’air du dehors. Depuis combien de temps la saveur d’un petit rayon de soleil n’a-t-il pas fait frétiller vos peaux? Depuis combien de temps n’avez-vous pas senti la mousse verte et fraîche doucement câlinée par le tronc d’un arbre? Depuis combien de temps n’avez-vous pas profiter de l’instant avec vos amis, votre famille ou votre amour?

Vous n’avez plus le temps parce que votre cerveau est ailleurs. Ils nous prennent par les sentiments, ils jouent avec nos peurs absolues. La réalité devient cauchemar pour peu que nous y pensions à chaque instant. Alors sortez prendre l’air, marcher un peu, découvrir le monde et ses mille couleurs dans le ciel. Si cet entonnoir, placé tout droit dans vos oreilles, vous fait mal : retirez-le.

Billet d'humeur, Espoir

Mutation

Non, non, je ne suis pas un Xmen. Je suis une jeune professeure-stagiaire mutée dans une Académie que je n’ai pas souhaité. Toutes les émotions ont pris place en moi : les larmes, la colère, l’assurance, le désarroi, les doutes, la peur, l’indifférence, le déni… Aujourd’hui, la seule phrase qui me vient en tête et résonne comme une douce mélodie qui apaise les mœurs n’est autre que « Advienne que pourra ». J’ai pris conscience que l’on ne devient pas professeur pour un type particulier d’élève. Il n’y a pas que de bons élèves. Fort heureusement? Si l’on devient professeur, c’est soit par passion, soit par faute de mieux. Pour ma part, je suis devenue professeure par passion pour la littérature. S’est ensuite greffé le besoin d’aider le plus jeune, de le faire avancer, évoluer. Et enfin, cette nécessité que je ressens de dialoguer avec autrui, de penser au mot « communauté » que les temps délaissent petit à petit, cette chaleur qui émane au fond de moi et qui dit « Seul, c’est difficile. A plusieurs, c’est difficile, mais surmontable ».

Je suis peut-être envoyée dans une Académie que je ne souhaitais pas, qui n’était pas dans mes plans, à laquelle je ne trouve pour l’instant que très peu d’attaches. Je serai peut-être confrontée à des élèves en difficulté, qui ressentent de le besoin de fuir loin de ce cadre scolaire qui les oppresse. Oui, peut-être ! Mais je ne suis pas devenue professeur pour créer une élite : je suis professeur pour tous.

Je veux faire lire, faire apprendre, faire comprendre. Je ne veux pas créer des robots ; les humains ont des organes qui battent très fort et qui ont besoin d’assez de sang pour battre encore plus fort. Je veux défendre le groupe, la communauté, je ne veux pas d’individualisme, ou très peu. Je veux apporter mon soutien, je veux être là au bon moment, me sentir à ma place et recevoir quelques sourires… Je veux faire évoluer, je veux faire muter les capacités. Vous pensez que c’est un rêve de débutant? Si des personnes ont abandonné ces idées, c’est qu’elles n’étaient pas prêtes à les assumer.

Et moi : j’assume.

Billet d'humeur

« Être prof, c’est du sport! »

« Être prof, c’est du sport! »… il faudrait rectifier cette phrase. Vouloir devenir professeur, c’est du sport. Je vis une année « charnière » comme disaient nos profs en Terminale pour le baccalauréat. Une vraie année où tout mon avenir se dessine point par point, à l’aide de stylos rouges, de formations, de bouquins théoriques. Plus jeune, j’avais la phobie de l’avenir. Si aujourd’hui celle-ci s’est atténuée, elle revient en force depuis peu. Oui, j’ai peur. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de décevoir, de ne pas avoir ma titularisation, de ne pas être envoyée là où je le voudrais, de me retrouver démunie devant des situations-problèmes, peur de ne pas réussir à rédiger mon mémoire et de rater mes oraux. Beaucoup d’enjeux pour une toute petite année scolaire. Derrière cet écran, c’est une jeune-adulte professeur-stagiaire stressée qui s’adresse à vous et qui écrit. Ce n’est pas simple tous les jours, je dirais même que c’est difficile chaque jour. Avec mes élèves, je n’ai aucun problème : mon autorité s’est imposée d’elle-même, de façon tellement naturelle que j’en suis très étonnée. Ils savent qui je suis et que je veux leur apporter le meilleur. Je n’essaie même pas de les convaincre car ils ne remettent pas mon travail en question. Ils me le rendent tellement bien… « Bonnes vacances Madame! », dans une lettre « Vous allez beaucoup me manquer, vous êtes ma prof préférée », « Eh mais ça passe vite une heure finalement en français! », « *sonnerie* quoi, déjà?? ». Oui, déjà. Le temps passe terriblement vite, si vite que je n’ai pas le temps de me poser. Pas le temps de prendre soin de ma santé comme il le faudrait. Mon corps est en miettes. Le stress prend le pas sur toutes mes envies. Mais j’aime ce que je fais et je sais que c’est ce que j’ai envie de faire de ma vie professionnelle. Tout s’apprend avec le temps alors je tente de tourner tout cela en positif : si mon corps ne suit pas, si mon cerveau est noyé par les inquiétudes, si j’ai la boule au ventre certains matins avant que mes élèves n’arrivent en classe… ce n’est qu’une question de temps et d’adaptation. Coucher ses mots sur le papier me fait du bien. Vous en parler, aussi. J’espère ne décevoir personne, ne pas me décevoir avant toute chose, j’espère réussir et j’espère qu’un jour je regarderais derrière moi, tout ce parcours, avec le sourire aux lèvres et que je me dirais « Tu vois, finalement, ça valait la peine de souffrir un peu ».

Billet d'humeur

Dix ans

45

Aujourd’hui, j’ai vingt-deux ans. L’éternel « le temps passe vite ». Et cela fait dix ans, année pour année, que j’écris. J’ai très vite ressenti ce besoin dévorant d’écrire ma vie, d’exprimer mes sentiments, de les analyser à l’encre noire. J’avais envie de les partager. Alors j’ai sauté le pas, j’ai écrit et je ne me suis plus arrêtée. Autrefois, j’écrivais sur un site très connu par les jeunes. J’ai commencé par poster des images que je trouvais sur internet et qui reflétaient ce que je ressentais. Vous savez, ce genre d’images animées avec des couleurs fluo et des messages qui touchaient. C’était ma première façon de montrer aux autres mes sentiments. Ensuite, j’ai commencé à écrire, petit bout par petit bout, de très courtes phrases pour dire comment j’allais. Est-ce que quelqu’un me lisait ? Je crois que ça n’avait aucune importance, à l’époque. J’écrivais parce que j’en avais besoin, parce qu’il fallait que ça sorte. Mais alors, pourquoi le montrer au monde entier, en public? Je ne sais plus. Il s’agissait peut-être de narcissisme, d’effet de mode ou de textes dirigés par sous-entendus vers des personnes qui me liraient. J’ai pris divers pseudos qui reflétaient mes états : rockeuse, le surnom que me donnait ma famille, l’ange diabolique, des surnoms en japonais… Tous aussi rigolos les uns que les autres. Et un jour, un sombre jour, mon blog s’est transformé en « heart in crumbs« . Coeur en miettes. J’étais une vraie adolescente. De celle qui se noie un peu plus chaque jour dans l’amour et les chagrins, de celle qui voulait s’ouvrir les veines pour calmer les palpitations, de celle qui cognait un peu partout dans tous les recoins de sa tête pour pouvoir s’en sortir, de celle qui cachait des choses à ses parents. Il fallait que je cogne quelque part et j’ai cogné sur mon blog. Les mots sont devenus ma seule défense contre un monde qui semblait, je le pensais, tomber continuellement sur mon dos. Ce dernier s’est fragilisé au fil du temps et j’en ressens aujourd’hui quelques séquelles. Tout ce blog, tout cet univers que j’ai construit, était noir, intense et violent. Mes mots étaient bruts et résonnaient en moi comme un soulagement. J’ai rencontré des personnes formidables, des êtres toujours virtuels que j’apprenais à connaître derrière mon écran. Mais lorsque l’on accumule trop de haine et de chagrin – comme dans la « vraie » vie – on étouffe. Alors j’ai changé d’air. Mon nouvel univers se nommait dorénavant « Smoke Mood« . Je ne sais pas comment traduire ces deux mots… L’humeur dans la fumée ? Une fumée d’humeur? Déjà un peu plus jovial. Ce n’était plus le « cœur en miettes ». Je me suis mise à la poésie, sur ce nouveau blog, je m’y suis essayée et je crois que cela avait donné quelque chose de beau. J’écrivais presque chaque jour et ce blog s’est très vite étouffé lui-même. Je n’écrivais jamais sous mon vrai prénom, je m’étais inventé un pseudo. J’étais Lolita. Allez savoir pourquoi. C’était comme un alter ego invisible, un autre moi qui prenait place quand je posais les doigts sur le clavier. Mais un soir, alors que je tentais de faire sortir cet autre moi pour pouvoir écrire ma vie, j’ai ressenti mon premier blocage. Ce n’était plus vraiment moi, je m’étais perdue à force d’écrire. Je ne savais plus parler. Je ne savais plus me confier dans la vraie vie. J’étais devenue cet être de papier dont tout le monde parle. Je me souviens de ce message d’une personne qui m’est chère (tentative de reconstruction) : « Il faut que tu parles. Tu ne peux plus continuer à simplement écrire ce que tu ressens. Parle-moi, je suis là ».

Il y a trois ans maintenant, je suis arrivée ici. « Une baudelairienne » a d’abord été crée sur un autre site, puis j’ai migré. Et je me suis assumée. J’ai écrit sous mon vrai prénom et je me suis retrouvée. Je n’écris plus tous mes sentiments car il faut se rendre à l’évidence : toutes les sensations ne sont pas descriptibles. Je n’écris plus ou presque plus mon chagrin, je pousse des gueulantes de mon côté, sur mes fichiers personnels. Je n’écris plus seulement pour moi, mais pour les autres. Parce qu’au fil des années, de ces dix ans, j’ai créé une toute petite communauté qui me suit. Ce sont des visages derrière ces écrans d’ordinateur, des petits doigts qui m’écrivent des commentaires, des sourires ou des larmes, du besoin que je dise les choses. Alors j’écris pour eux, souvent.

Dix ans, c’est long. J’avais douze ans lorsque j’ouvris mon premier blog. Douze ans ! Et me voilà, à vingt-deux ans, en couple durable, stable en amitié, avec un appartement, des parents à qui rendre visite le week-end avec le sourire, un métier qui me tend les bras et des responsabilités. Vous ne vous êtes jamais dit « si j’avais su » ? Si j’avais su tout cela, je n’aurais pas écrit. Et si je n’avais pas écrit, je ne serais pas là.

Je peux le dire : l’écriture est la plus belle des choses qui me soit arrivée. L’écriture m’a sauvé dans les moments de brouillard, m’a soulevé quand les autres me faisaient chuter, m’a fait perdre pied dans la réalité, m’a fait me perdre dans la forêt de la vie. Mais je n’ai jamais cessé d’aimer écrire parce que j’ai gravi toute une montagne pour en arriver là. Et depuis peu, j’en commence une toute nouvelle.

Espoir

Je vous souhaite

Je vous souhaite des sourires à n’en plus finir.
Je vous souhaite des projets dans votre avenir.
Je vous souhaite des lectures qui font le coeur s’émouvoir.
Je vous souhaite d’écrire toutes vos histoires.

Je vous souhaite mille étincelles.
Je vous souhaite de briller sous un ciel plein d’étoiles.
Je vous souhaite d’être aimés et d’aimer en retour.
Je vous souhaite de vous armer d’amitié contre l’hypocrisie.

Je vous souhaite de voyager dans des lignes infinis.
Je vous souhaite de vivre comme vous en avez l’envie.
Je vous souhaite un milliard d’éclaircies à travers le brouillard.
Je vous souhaite une main qui vous cherche dans le noir.

Je vous souhaite à tous, à toutes, une très belle année 2017.