Les premières semaines de toute une carrière

Il est peut-être temps pour moi de sortir de l’ombre. De m’octroyer un instant pour poser des mots sur ces dernières semaines de rentrée scolaire que nous avons tous vécu différemment. Certains rentraient à l’Université et ce n’était plus mon cas. Finis ! les cours en amphi, Finis ! les livres à lire par obligation, Finis! le concours et les épreuves à passer… Tout ça, c’est bel et bien derrière moi maintenant. Je peux dire adieu à l’étudiante que j’étais…

Et bienvenue au professeur de français. Vous êtes nombreux à le savoir : j’ai obtenu ma titularisation et ai été mutée en banlieue parisienne, dans un collège… difficile. Qui dit nouveau collège, dit déménagement. Ce mois de septembre qui touche bientôt à sa fin a été pour moi synonyme de grands changements que j’ai vécu très difficilement.

En perte d’énergie totale, j’essaie encore de m’accorder au rythme endiablé des semaines passées avec les élèves. Quatre classes, 95 élèves au total… De loin, ce n’est rien, de près c’est beaucoup de boulot. Et surtout… de l’énergie dépensée. Car oui, ne cachons pas les choses, j’ai en face de moi chaque jour des élèves dits « difficiles ». Des élèves qui souvent ne connaissent pas la définition du respect, se permettent d’être insolents, des élèves qui me testent perpétuellement, qui ont l’air de ne pas m’apprécier et qui se fichent des représailles…

Mais ces élèves, qui font « peur » à tant de professeurs et qui ne font partie que des mythes relayés sur les banlieues, sont aussi des élèves intéressés et intéressants, un véritable challenge pour moi qui suis débutante dans le métier. Mon défi de l’année, c’est eux. Et des années à venir. Je veux leur donner l’opportunité d’évoluer ne serait-ce que d’un millimètre au-dessus de ce dont ils sont capables. Je veux leur offrir ma passion, tant pis s’ils ne l’acceptent pas comme il se doit. Je veux donner l’envie de lire et de partager avec les autres. Je veux entendre et réentendre que mon cours était intéressant, qu’ils n’ont pas envie d’aller en anglais et qu’ils souhaitent rester avec moi, que deux heures avec Mme B. passent vite… Mais bien sûr, j’entendrais aussi de l’irrespect, je dirais à certains élèves de s’asseoir, de ne pas contredire mes paroles, de me faire confiance. La confiance, la base de toute une éducation.

Je suis fatiguée. Ce soir, je vous écris ces lignes pour vous donner des nouvelles… car de là où vous êtes, vous avez été nombreux à me soutenir dans cette mutation difficile. Je voulais simplement vous dire que j’avais raison : ce n’est pas facile et j’use beaucoup d’énergie. Mais je voulais aussi vous dire que vous aviez raison : je fais le plus beau métier du monde.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Marie Kléber dit :

    J’aime la manière dont tu parles de ton métier et de ce lien que tu tisses avec tes élèves. Malgré les circonstances et les difficultés.
    Je pense à toi, que cette année soit riche à tous les niveaux Orlane.

Philosophez :

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