Billet d'humeur

« Être prof, c’est du sport! »

« Être prof, c’est du sport! »… il faudrait rectifier cette phrase. Vouloir devenir professeur, c’est du sport. Je vis une année « charnière » comme disaient nos profs en Terminale pour le baccalauréat. Une vraie année où tout mon avenir se dessine point par point, à l’aide de stylos rouges, de formations, de bouquins théoriques. Plus jeune, j’avais la phobie de l’avenir. Si aujourd’hui celle-ci s’est atténuée, elle revient en force depuis peu. Oui, j’ai peur. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de décevoir, de ne pas avoir ma titularisation, de ne pas être envoyée là où je le voudrais, de me retrouver démunie devant des situations-problèmes, peur de ne pas réussir à rédiger mon mémoire et de rater mes oraux. Beaucoup d’enjeux pour une toute petite année scolaire. Derrière cet écran, c’est une jeune-adulte professeur-stagiaire stressée qui s’adresse à vous et qui écrit. Ce n’est pas simple tous les jours, je dirais même que c’est difficile chaque jour. Avec mes élèves, je n’ai aucun problème : mon autorité s’est imposée d’elle-même, de façon tellement naturelle que j’en suis très étonnée. Ils savent qui je suis et que je veux leur apporter le meilleur. Je n’essaie même pas de les convaincre car ils ne remettent pas mon travail en question. Ils me le rendent tellement bien… « Bonnes vacances Madame! », dans une lettre « Vous allez beaucoup me manquer, vous êtes ma prof préférée », « Eh mais ça passe vite une heure finalement en français! », « *sonnerie* quoi, déjà?? ». Oui, déjà. Le temps passe terriblement vite, si vite que je n’ai pas le temps de me poser. Pas le temps de prendre soin de ma santé comme il le faudrait. Mon corps est en miettes. Le stress prend le pas sur toutes mes envies. Mais j’aime ce que je fais et je sais que c’est ce que j’ai envie de faire de ma vie professionnelle. Tout s’apprend avec le temps alors je tente de tourner tout cela en positif : si mon corps ne suit pas, si mon cerveau est noyé par les inquiétudes, si j’ai la boule au ventre certains matins avant que mes élèves n’arrivent en classe… ce n’est qu’une question de temps et d’adaptation. Coucher ses mots sur le papier me fait du bien. Vous en parler, aussi. J’espère ne décevoir personne, ne pas me décevoir avant toute chose, j’espère réussir et j’espère qu’un jour je regarderais derrière moi, tout ce parcours, avec le sourire aux lèvres et que je me dirais « Tu vois, finalement, ça valait la peine de souffrir un peu ».

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4 thoughts on “« Être prof, c’est du sport! »”

  1. Bonjour chère Orlane Astrid,
    C’est amusant et troublant de lire ce billet tout juste aujourd’hui…
    Je m’explique : nous ne nous connaissons simplement que par l’intermédiaire de nos blogs respectifs et le fait que nous nous suivons sur les réseaux. Et il m’arrive de suivre, avec attention, ta vie de jeune, mais non moins mature et courageuse, professeure.
    Et ce matin, sur le chemin pour me rendre à mon travail, le tien, celui de l’enseignement, à l’exception du public (adulte) et de ma structure (pas l’éducation nationale), je pensais à un de tes derniers post Instagram où tu faisais part de ta santé et de ta fatigue. Et je me disais que j’aimerais bien communiquer avec toi pour te faire part modestement de mon admiration et de mon encouragement à ton égard. Et bien voilà qui est fait ! Je trouve le temps dans mon propre cours entre 4/5 apprenants (c’est comme ça qu’on dit dans mon domaine) autonomes, pour t’écrire et te faire part de mon sentiment : tu es courageuse.
    Je fais ce geste, car je vois comme une similitude dans nos vies : je crois que nous avons commencé notre vie dans l’enseignement, quasiment en même temps.
    Et, en effet, le plus important malgré la fatigue est de ne pas te décevoir toi-même. Attention néanmoins à ne pas se « tuer à la tâche » comme on dit, les passions et vocations sont dévoreuses. J’ai la prétention de penser qu’il s’agit d’une difficile étape d’ajustement et de prise de marque, en espérant avoir raison, et que tu puisses en rigoler déjà dans quelques mois.
    Cela dit, sans être à ta place, je crois pouvoir comprendre ta fatigue et tes doutes (difficultés que j’ai pu traverser il y a tout juste quelques semaines au point de me dire « est-ce fait pour moi ? » avant de répondre par un enthousiaste « oui » !).

    Voilà, pardonne ma verve, c’est mon enthousiasme ainsi que mon empathie qui parlent. Je te souhaite de continuer sur cette voie, avec plus de sérénité dans un avenir proche !
    Bon courage.
    Dans un ouvrage de Simone Weil, je lisais cette phrase qui me fait penser au métier de l’enseignement : « Blessures : c’est le métier qui rentre par le corps. »
    L’enseignement, est un sport de combat, pour détourner Bourdieu.

    Clément Minosze

    1. Ton commentaire me fait extrêmement plaisir et me fait sourire. Je vois qu’en effet nous avons beaucoup de points communs, toi et moi. Je considère donc que tu es une personne capable de me comprendre… et ce commentaire m’en donne la confirmation. Alors je te remercie, pour tes mots et pour la citation de Simone Weil que je vais de ce pas noter dans mon carnet de citations. J’espère avoir de bonnes nouvelles à t’annoncer d’ici juillet ! Encore merci.

  2. J’imagine à quel point cette année est compliquée mais tu es dans ton élément Orlane. Tu le sais au fond de toi. Je pense que le stress vient aussi de la fatigue, c’est un cercle vicieux qui ne s’arrête que quand on peut enfin se poser, la tête légère.
    Je te souhaite le meilleur pour les mois à venir. Tiens bon. La route parait surement longue mais d’ici quelque temps, tu regarderas cette première année avec le sourire. Ca en vaut la peine!
    Courage et merci pour le partage de ton ressenti Orlane. C’est important pour toi pour avancer et pour d’autres j’en suis sûre aussi…
    Je t’embrasse et t’envoie plein d’énergie et de tendres pensées.

Philosophez :

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