Dix ans

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Aujourd’hui, j’ai vingt-deux ans. L’éternel « le temps passe vite ». Et cela fait dix ans, année pour année, que j’écris. J’ai très vite ressenti ce besoin dévorant d’écrire ma vie, d’exprimer mes sentiments, de les analyser à l’encre noire. J’avais envie de les partager. Alors j’ai sauté le pas, j’ai écrit et je ne me suis plus arrêtée. Autrefois, j’écrivais sur un site très connu par les jeunes. J’ai commencé par poster des images que je trouvais sur internet et qui reflétaient ce que je ressentais. Vous savez, ce genre d’images animées avec des couleurs fluo et des messages qui touchaient. C’était ma première façon de montrer aux autres mes sentiments. Ensuite, j’ai commencé à écrire, petit bout par petit bout, de très courtes phrases pour dire comment j’allais. Est-ce que quelqu’un me lisait ? Je crois que ça n’avait aucune importance, à l’époque. J’écrivais parce que j’en avais besoin, parce qu’il fallait que ça sorte. Mais alors, pourquoi le montrer au monde entier, en public? Je ne sais plus. Il s’agissait peut-être de narcissisme, d’effet de mode ou de textes dirigés par sous-entendus vers des personnes qui me liraient. J’ai pris divers pseudos qui reflétaient mes états : rockeuse, le surnom que me donnait ma famille, l’ange diabolique, des surnoms en japonais… Tous aussi rigolos les uns que les autres. Et un jour, un sombre jour, mon blog s’est transformé en « heart in crumbs« . Coeur en miettes. J’étais une vraie adolescente. De celle qui se noie un peu plus chaque jour dans l’amour et les chagrins, de celle qui voulait s’ouvrir les veines pour calmer les palpitations, de celle qui cognait un peu partout dans tous les recoins de sa tête pour pouvoir s’en sortir, de celle qui cachait des choses à ses parents. Il fallait que je cogne quelque part et j’ai cogné sur mon blog. Les mots sont devenus ma seule défense contre un monde qui semblait, je le pensais, tomber continuellement sur mon dos. Ce dernier s’est fragilisé au fil du temps et j’en ressens aujourd’hui quelques séquelles. Tout ce blog, tout cet univers que j’ai construit, était noir, intense et violent. Mes mots étaient bruts et résonnaient en moi comme un soulagement. J’ai rencontré des personnes formidables, des êtres toujours virtuels que j’apprenais à connaître derrière mon écran. Mais lorsque l’on accumule trop de haine et de chagrin – comme dans la « vraie » vie – on étouffe. Alors j’ai changé d’air. Mon nouvel univers se nommait dorénavant « Smoke Mood« . Je ne sais pas comment traduire ces deux mots… L’humeur dans la fumée ? Une fumée d’humeur? Déjà un peu plus jovial. Ce n’était plus le « cœur en miettes ». Je me suis mise à la poésie, sur ce nouveau blog, je m’y suis essayée et je crois que cela avait donné quelque chose de beau. J’écrivais presque chaque jour et ce blog s’est très vite étouffé lui-même. Je n’écrivais jamais sous mon vrai prénom, je m’étais inventé un pseudo. J’étais Lolita. Allez savoir pourquoi. C’était comme un alter ego invisible, un autre moi qui prenait place quand je posais les doigts sur le clavier. Mais un soir, alors que je tentais de faire sortir cet autre moi pour pouvoir écrire ma vie, j’ai ressenti mon premier blocage. Ce n’était plus vraiment moi, je m’étais perdue à force d’écrire. Je ne savais plus parler. Je ne savais plus me confier dans la vraie vie. J’étais devenue cet être de papier dont tout le monde parle. Je me souviens de ce message d’une personne qui m’est chère (tentative de reconstruction) : « Il faut que tu parles. Tu ne peux plus continuer à simplement écrire ce que tu ressens. Parle-moi, je suis là ».

Il y a trois ans maintenant, je suis arrivée ici. « Une baudelairienne » a d’abord été crée sur un autre site, puis j’ai migré. Et je me suis assumée. J’ai écrit sous mon vrai prénom et je me suis retrouvée. Je n’écris plus tous mes sentiments car il faut se rendre à l’évidence : toutes les sensations ne sont pas descriptibles. Je n’écris plus ou presque plus mon chagrin, je pousse des gueulantes de mon côté, sur mes fichiers personnels. Je n’écris plus seulement pour moi, mais pour les autres. Parce qu’au fil des années, de ces dix ans, j’ai créé une toute petite communauté qui me suit. Ce sont des visages derrière ces écrans d’ordinateur, des petits doigts qui m’écrivent des commentaires, des sourires ou des larmes, du besoin que je dise les choses. Alors j’écris pour eux, souvent.

Dix ans, c’est long. J’avais douze ans lorsque j’ouvris mon premier blog. Douze ans ! Et me voilà, à vingt-deux ans, en couple durable, stable en amitié, avec un appartement, des parents à qui rendre visite le week-end avec le sourire, un métier qui me tend les bras et des responsabilités. Vous ne vous êtes jamais dit « si j’avais su » ? Si j’avais su tout cela, je n’aurais pas écrit. Et si je n’avais pas écrit, je ne serais pas là.

Je peux le dire : l’écriture est la plus belle des choses qui me soit arrivée. L’écriture m’a sauvé dans les moments de brouillard, m’a soulevé quand les autres me faisaient chuter, m’a fait perdre pied dans la réalité, m’a fait me perdre dans la forêt de la vie. Mais je n’ai jamais cessé d’aimer écrire parce que j’ai gravi toute une montagne pour en arriver là. Et depuis peu, j’en commence une toute nouvelle.

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7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Marie dit :

    22 ans. C’est l’âge de mon fils aîné. Lui aussi écrit depuis longtemps, dans un style très différent. Et moi, j’ai le double de ton âge et j’écris depuis moins longtemps que toi – alors que j’avais ça en moi depuis toujours! C’est une chance d’avoir su très tôt que tu avais le droit de le faire. J’ai mis tellement longtemps à m’y autoriser! Je te souhaite encore de longues années d’écriture Orlane

    1. Orlane Astrid dit :

      Merci infiniment Marie, pour tes beaux mots et ton soutien.

  2. ellenon dit :

    C’est toujours impressionnant de se retourner et de voir le chemin parcouru. Tu peux vraiment être fière de toi 🙂 Très joli texte, frais et plein d’espoir.

    1. Orlane Astrid dit :

      Oui, toujours très impressionnant en effet ! Je te remercie, tes mots me touchent.

  3. blondgarden dit :

    Simplement magnifique. Un très joyeux anniversaire un peu en retard 🙂
    Bisous xx

    1. Orlane Astrid dit :

      J’ai pris vingt deux ans au mois de septembre ! Donc je ne t’en veux pas.. 😉 Merci à toi !

  4. Koly dit :

    Tes mots font du bien à lire d’autant plus que je me reconnais un peu à certains moments 🙂

Philosophez :

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