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S’attendre

Un jour quelqu’un m’a dit « je ne trouve rien de plus ridicule que d’écrire un texte qui parle du syndrome de la page blanche » et intérieurement, je me suis posé pas mal de questions. Peut-être avait-il raison, peut-être avait-il tort. C’est à la fois un sujet facile quand on n’a plus rien à écrire, quand l’inspiration n’est plus là – on a juste à piocher l’évidence et à trouver quelques mots pour se plaindre. Rien de plus simple. Et pourtant, ce sujet est sensible. Peut-être que cette personne n’écrivait pas, peut-être qu’elle n’avait pas conscience de la signification que peut parfois avoir le simple fait d’écrire, de poser sa plume sur le papier, de laisser l’encre couler, de se laisser aller tout court. C’est un épanchement de soi, écrire. C’est se délivrer de diverses couches qui viennent étouffer le coeur. Et pourtant…

Parfois, on n’y arrive plus. On se dit « ça reviendra plus tard! », les autres nous le disent aussi. Ils comptent sur nous, ils nous soutiennent, nous disent que tout ira mieux et que les choses reviendront aussi vite qu’elles sont parties. Mais non. Voilà maintenant quelques mois que je ne prends plus le temps de m’asseoir tranquillement à mon bureau, d’allumer mon ordinateur ou d’ouvrir mon carnet pour y gratter quelques mots. J’ai perdu ce geste pourtant primordial il y a quelques années. Peut-être ai-je tout simplement voulu repasser de l’autre côté, vous savez, ce côté de la vie réelle où les mots deviennent secondaires. Me consacrée à mes études, à ma famille, être l’amie qui console et qui aspire tout un mal être, me consacrée à l’amour et ses douceurs, à être forte même si parfois les larmes montent aux yeux. Ne pas les laisser couler, c’était peut-être sur ça que mon cerveau se focalisait. Oui parce que se faire quitter, du jour au lendemain, par une personne avec qui vous avez passé quatre ans et demi de votre vie, avec qui vous avez grandi, c’est pas simple et désolée d’être humaine, d’avoir un coeur et de trouver ça dégueulasse de devoir oublier une personne comme on claque des doigts pour disparaître. Je n’ai même pas réussi à mettre de mots sur ce sentiment d’abandon et je ne réussirai jamais. Mais peut-être que mon manque d’inspiration et cette envie de lâcher un peu du leste vient de là.

Si je regarde toutes les raisons qui m’empêchent d’écrire, la liste serait plutôt longue. Et après tout, il n’y a pas de regret à avoir : je n’ai rien à écrire, rien à vous raconter, je n’ai rien à inventer et rien ne vient. C’est simple. Mais je vous l’avoue, ça me manque… c’est pour ça que je suis là, ce soir, à pianoter sur mon clavier d’ordinateur. Parce que ça me fait du bien que mes doigts claquent sur le clavier pour écrire plutôt que pour créer une séquence, faire des recherches jusqu’à pas d’heures. Pour ceux qui ne le savent pas, je suis professeur de français (depuis peu) et je me donne corps et âme dans mon métier. J’aime ce que je fais et les ados’ me le rendent très bien mais j’ai besoin de me poser et de vous parler. De vous dire que je suis vivante, que je regarde de temps en temps les réseaux sociaux pour avoir quelques nouvelles, que je regarde très peu les informations mais que je regarde pour rester un peu dans la société même si je m’en défais un peu. Parfois, on se perd et on ne se retrouve pas. C’est comme une course d’orientation dans une forêt ; les signes ne sont pas toujours visibles ou alors des oiseaux viennent dévorer les petits bouts de pain qu’on a laissé derrière soi. Il n’y a pas de GPS géo localisant pour se retrouver, pas d’énigmes, pas de réponses, pas d’analyses au laboratoire. Il faut juste du temps… comme à l’époque où les premiers boutons apparaissent, que le son du métal vient perforer les oreilles et que les parents, après tout, ils ne nous comprennent pas. Il faut s’armer de patience, s’asseoir, regarder un peu sa vie qui défile et s’attendre, soi-même, pour siroter un petit thé (ou un verre de vin). Mais il faut attendre.

Alors peut-être que l’écriture va revenir d’elle-même, que l’inspiration va frapper à ma porte une nuit où je dors paisiblement, peut-être même qu’elle viendra frapper à la porte de ma salle de classe sans même que mes élèves ne l’aperçoivent. Peut-être qu’elle reviendra quand je me remettrais sérieusement à la lecture par plaisir et que certaines histoires me toucheront. Peut-être qu’elle reviendra, oui, mais peut-être qu’il faut aussi que je la cherche un peu.

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10 thoughts on “S’attendre”

  1. Tes mots vivent ..tes mots respirent..tes mots claquent.
    La complexité de tes émotions ne doit absolument pas entraver ton amour de la littérature et le bonheur d’écrire. Se poser, prendre le temps d’analyser ce mal être est déjà une énorme victoire !
    Les mots viendront te réconforter. PATIENCE..

      1. La douleur, la tristesse peuvent mettre au monde un immense bonheur. Laisse tes émotions t’envahir, elles vivent en toi. L’écriture retrouvée n’en sera que plus belle..

  2. Une rupture aussi brutale ne pouvait que te changer, c’est possible que celle-ci t’ait arraché à ta rêverie qui te donnait tant d’inspiration. Dans tous les cas il ne faut pas que tu t’en veuilles que ça ne vienne pas, tout vient à point à qui sait attendre =) Tous mes encouragements.

    1. Cette rupture date d’il y a un an maintenant, je suis passée à autre chose, j’ai construit une autre vie avec d’autres piliers, je m’en suis sortie. Mais je pense qu’elle a brisé quelque chose c’est évident… il faut juste que cela revienne petit à petit, en prenant du temps. Je te remercie pour ton commentaire.

  3. J’aime quand tu écris… même sur rien ! Ton texte est vraiment beau, je pense que le principal c’est d’écrire quand on en a l’envie, et ne pas se culpabiliser parce que justement l’envie n’est pas là…

  4. Il y a déjà le plaisir d’être là, de partager tes mots, avec nous Orlane. Une rupture terrasse, nous vide de notre substance. Plus rien n’a alors de sens. Il m’a fallut quelques années avant de revenir à l’écriture après ma première séparation. J’avais besoin de temps. Il faut se l’accorder. Avant de laisser à nouveau les mots danser autour de nous. Je te souhaite de belles lectures à venir et de belles histoires à nous raconter. D’ici peu.

  5. Il y a déjà le plaisir d’être là, de partager tes mots, avec nous Orlane. Une rupture terrasse, nous vide de notre substance. Plus rien n’a alors de sens. Il m’a fallut quelques années avant de revenir à l’écriture après ma première séparation. J’avais besoin de temps. Il faut se l’accorder. Avant de laisser à nouveau les mots danser autour de nous. Je te souhaite de belles lectures à venir et de belles histoires à nous raconter. D’ici peu.

    1. Je pense que nous vivons tous cette rupture qui dévaste, qui nous met plus bas que terre. Et je pense sincèrement que l’on peut tous s’en sortir avec une passion, des mains autour de nous qui nous soulèvent toujours plus haut. Après tout, on n’a tous le droit de chuter…. et de se relever.

Philosophez :

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