La ville était grise…

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La ville était grise et sans bruit. Le vent sifflait dans les quelques feuilles qui restaient accrochées à leurs branches. Un chat noir passait par là, suivi par un autre, plus petit, les yeux plein de malice et une grande envie de jouer. Vêtue d’un manteau marron, une jeune-femme s’approchait doucement de ces deux matous pour leur donner une petite caresse, le temps d’un instant car elle ne pouvait les loger chez elle. A contre cœur. Ses talons sur le bitume brisaient le silence. Elle ouvrait la porte d’entrée, posait son sac et se dirigeait vers la cuisine. Le temps de deux secondes, une légère brise chaude s’installait dans l’appartement. Elle marchait vers le salon, passait ses doigts sur les reliures de livres rangés soigneusement dans une grande bibliothèque, en choisissait un par hasard et s’installait dans son fauteuil préféré. Accompagnée d’un thé brûlant et de ce livre, cette jeune femme souriait. Elle souriait car ce moment était celui qu’elle attendait depuis le matin. Certains passent leur temps devant leur télévision, se disait-elle, moi je le passe au fond de mon fauteuil à m’évader l’esprit. Mais ce jour là, les lignes de son livre devenaient flous, elle était fatiguée. Fatiguée d’une journée difficile pendant laquelle ses élèves étaient distraits. Fatiguée de ses gens qui bousculent dans la rue, du RER, de ses regards qu’il faut éviter. Elle posa le livre sur un petit tabouret, mis ses mains autour de la tasse et l’approcha de ses lèvres pour souffler. Ses lunettes se trouvèrent embuées et cela la faisait toujours rire… Ses sœurs et elle, avant de débarrasser le lave-vaisselle encore tout chaud, se penchaient et ne voyaient plus rien à cause de la buée, et cela les faisaient beaucoup rire. Un sourire s’esquissa sur son visage, les rides quelque peu perceptibles à côté de ses yeux. Le temps passe si vite, pensait-elle. Lorsque sa langue toucha l’eau parfumée, ses paupières se fermèrent doucement.

Elle rouvrit les yeux. Une légère brise de vent la fît frémir, instinctivement elle mit ses mains sur ses bras comme pour se protéger. Devant elle se dessinait un paysage qu’elle n’avait jamais vu, à part dans les livres de voyage et sur internet. Elle se trouvait au bord d’un grand lac bleu, des sapins formaient un manteau tout chaud autour de celui-ci. Il lui était presque difficile de séparer l’eau du ciel, et le ciel de l’eau. Ce paysage était magnifique, tel qu’elle se l’était imaginé. Depuis toujours, l’envie de partir la dévorait mais elle n’avait jamais trouver la force de tout quitter, de tout plaquer. Après tout ce qu’elle avait construit… Quitter son boulot, sa famille, son chien, ses amis. Cela lui était impossible. Les objets, son appartement et tout le reste, cela ne comptait pas. Mais le cœur, lui, et l’esprit, comptent énormément.

Avoir ce paysage sous les yeux était pour elle comme réaliser un rêve assoupi. Elle rêvait de poser sa tête contre une vite et de laisser le paysage défiler sous ses yeux, de n’être maître ni de la destination, ni du mouvement. Rester assise, attendre, contempler, fermer les yeux et se réveiller dans une ville inconnue. A Paris, chaque jour, elle passait devant une boutique où se trouvait le sac à dos parfait : noir, en cuir, avec de multiples poches. Très pratique. Elle se voyait déjà apporter ses dizaines de carnet, avec un crayon à papier, une gomme et un appareil photo. Elle se voyait vagabonde dans l’âme, aventurière et hasardeuse. Toutes ces pensées étaient le moteur de sa vie.

L’eau lui caressa doucement les doigts pieds, elle était pieds nus. Il ne faisait ni trop froid, ni trop chaud et l’eau semblait l’appeler. Elle se prêta au jeu, avança doucement dans le fluide de ses rêves jusqu’à atteindre le haut du cou… et se laissa sombrer.

Brusquement, elle se releva de son fauteuil, des perles de sueur froide sur le front. Machinalement, elle regarda autour d’elle : rien n’avait bougé. Tout son mobilier se trouvait à l’exact endroit où elle l’avait laissé. Son chien courut vers elle et lui lécha les doigts de pieds. Elle comprit alors qu’elle s’était prise à rêver, et que les rêves sont si puissants qu’ils vous font croire que tout est réalité. Longtemps, ses parents lui ont répété que tout est possible : il suffisait d’y croire. Et longtemps elle levait les yeux au ciel.

Dehors, le ciel se radoucissait et le soleil pointait le bout de son nez. Dehors, la ville renaissait, les poussettes étaient de sortie, les enfants, les familles, les amants, les amis. Les voitures avaient repris leur route et leurs klaxons retentissaient. Ils vivent, pensa-t-elle, ils vivent et moi je rêve… . Elle se rassit, pencha sa tête en arrière et prit sa décision : demain, je partirais.

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Photographies par Camille – Finlande (Copyright) 

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Wow.

    Comme toujours, tu écris un texte en beauté. Et tu le termines en beauté. Cette dernière ligne  » ils vivent et moi je rêve… . Elle se rassit, pencha sa tête en arrière et prit sa décision : demain, je partirais. » résonne (et raisonne, aussi), en moi et tape bien fort dans le genre « allez, vas-y, repars ! »

    Tu me l’avais promis: ce texte, j’allais l’adorer. Je m’y reconnais dedans. Enfin, je nous y reconnais, aussi, parce qu’on est toutes les deux des voyageuses dans l’âme. On a tout fait dans notre tête, plus qu’à mettre en pratique ces pensées et prévisions. De toutes façons, tout est prêt, on a besoin que d’écrire et photographier. Le reste, on s’en fiche. Je sais qu’on trouve le reste sur place.

    Je sais aussi le bien que cela fait de partir pour une destination étrangère. Qui fait un peu rêver à l’avance. Et qui fait totalement rêver une fois qu’on y est. J’ai toujours dans le ventre l’excitation du voyage qui fait découvrir toutes ces nouvelles choses, ces paysages, ces cultures, et ces gens. L’excitation du voyage, je crois avoir trouvé le terme parfait.
    Savoir que l’on part, pour quelques jours, quelques semaines, quelques mois, c’est le bonheur. Partir à l’aventure sans imaginer les beautés auxquelles nous allons assister…

    En fait, je me perds un peu.
    A Paris, aujourd’hui, j’ai froid. J’aimerais bien me couler dans ce fauteuil, un plaid par dessus, un thé dans la main, face à la cheminé… j’en suis presque réchauffée. Puis je lève les yeux et me rends compte que je suis revenue dans ma chambre, froide, fraîche, avec un temps un peu gris. Et tout s’envole.

    Ça fait bizarre de voir mes photos ici, mais je t’ai dis que tu pouvais les utiliser. Sans problème. Ça me fait les apprécier un peu plus, reliées à un de tes textes, qui plus est très évocateur d’un ailleurs… ça donne envie de repartir. Et dire qu’il y a une semaine, je rentrais. J’y étais encore.

    Ça fait extrêmement plaisir de te voir retrouver l’inspiration. J’ai de la fierté si mes photos de ce voyage t’ont aidé à coucher sur papier quelques mots. Ça fait du bien de te relire, tout simplement. Et tu nous reviens en force.

    1. Comme d’habitude, tes mots me font chaud au coeur parce qu’ils sont sincères, car je te reconnais, car personne ne pourrait autant me faire plaisir en écrivant un simple commentaire. Si j’ai écrit ce texte, c’est que tes photos m’ont aider, c’est que je sais que la femme dont je parle ça pourrait être toi et moi, une seule personne et les mêmes rêves dans la tête. Tu es à Paris, dans ta petite chambre, moi ici, dans mon appartement. Mais finalement… On sait qu’un jour on partira (repartira), peut-être même toutes les deux si on le peut, et ce sera juste magique. Comme tu dis « voyageuses dans l’âme ». Je voyage déjà beaucoup à l’aide des livres. Mais le concret, je l’attends aussi énormément… Je me répète, que tu sois partie en Finlande m’a rendue et me rend encore heureuse car c’est un pays que tu rêvais de visiter, et quand une personne chère vit son rêve, c’est comme le vivre soi-même.

      J’espère sincèrement être revenue plus forte qu’auparavant, je me suis longuement posée des questions durant ces mois sans écriture, j’avais peur. Et pourtant, ce texte me prouve que la page blanche ce n’est pas la fin du monde, et que si l’écriture est en moi, elle revient toute seule.

      Merci de toujours m’avoir soutenue, que ce soit pour mon écriture comme pour mes projets ou mes mésaventures. Tu sais que c’est réciproque, et ce, pour toujours.

  2. Marie Kléber dit :

    Comme je suis heureuse de te lire à nouveau ma jolie Orlane. Les mots sont revenus et ils nous invitent au voyage, ils nous donnent envie de partir à la recherche de nos rêves, et de les réaliser.
    Un jour ou l’autre, il faut passer à l’action. Vivre, Rêver. Cela peut aller de pair, si et seulement si, on s’en donne les moyens.
    On n’a parfois, souvent, peur de l’inconnu. Mais il est imprévisible et on ne sait pas ce qui nous attend tant qu’on n’a pas franchi le pas.

    Je te souhaite de belles aventures ma chère Orlane et vive les mots! Au plaisir de te lire très vite.

    1. Merci ma chère Marie pour ce beau commentaire. Comme tu le dis, la motivation et l’envie surpasse le tout. J’espère, plus tard, faire autant de voyages qu’il me sera possible de faire car il s’agit vraiment d’un de mes plus grands rêves. Certains pays m’appellent, comme des aimants.
      Je suis heureuse de revenir écrire ici, ça m’avait beaucoup manqué. Au plaisir d’avoir tes avis pour les prochains textes ! Je t’embrasse.

  3. Whaouuuu ton blog est juste parfait! Tes textes aussi *.* ainsi que tes photos

    1. Je te remercie, c’est très gentil !

      1. Avec plaisir 🙂 continues

Philosophez :

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