Passion, Voyage

La librairie bleue

large

Elle marchait vite, les bras titubants le long de son maigre corps. Ses joues étaient roses à cause du froid, le sol glissait, devenu verglas. Une fumée blanche sortait de sa bouche, puis un sourire. Le sourire d’un samedi sous un ciel presque bleu au soleil flamboyant sur ses longs cheveux blonds. Le sourire d’une journée sans échec, d’une journée faite pour elle, faite pour se promener dans les rues de la ville au son des voitures, des passants, des ribambelles d’enfants joyeux courant et glissant sur le givre d’une journée d’hiver. Tout était parfait, jusqu’au son des oiseaux dans les arbres, jusqu’aux yeux du SDF regardant les passagers, aux fenêtres ouvertes pour aérer la pièce, au feu crépitant à l’intérieur de l’appartement du troisième étage, jusqu’à la chambre si bien rangée de l’enfant qui attend impatiemment que le père noël et son joli traîneau viennent lui apporter les cadeaux dont il a tant rêvé. C’était une belle journée, pour elle, pour les passants et pour les gens couvés chez eux. Mais elle était là pour quelque chose. Une chose qu’elle attendait depuis le matin, depuis qu’elle avait ouvert les yeux. Sa librairie préférée, au coin d’une rue qu’elle affectionnait beaucoup, n’avait pas pour rôle de faire joli. Elle était là pour une raison : pour tous les passionnés de lecture, de littérature ou de voyage, qui cherchent désespérément le moyen de quitter leurs quotidiens, le temps de quelques pages. Sa façade bleue invitait tous les errants à s’arrêter, à regarder et à pénétrer dans le refuge de toutes les âmes en besoin d’évasion. Cet endroit, si cher à son coeur, était pour elle l’occasion de nouvelles découvertes, d’un moment dont elle serait la seule détentrice dans le cas où l’on entre dans une librairie seul ou l’on n’y entre pas. Un moment magique comme celui-ci ne se vit qu’en solitaire, loin des discussions qui se transforment en débat, loin des rires, loin des disputes, des bavardages habituels. C’était le silence de l’âme qui primait sur le bruit des autres. L’odeur des livres qui venait caresser ses narines, voilà ce qu’elle affectionnait le plus. Cette ambiance, cette atmosphère qui faisait de cet endroit le lieu où elle se sentait chez elle. Cette jeune-femme, du haut de ses vingt années, ne se voyait pas autre part qu’ici. Il était évident que, dans ses veines, son sang coulait à coup de mots, d’excursions, d’aventures inattendues. Cette librairie était à l’image de ce qu’elle avait construit : un monde fait de murs de livres, conçus ni pour chuter, ni être déranger par autrui. De sa bibliothèque enfantine, en passant par celle tant admirée de son grand-père, la voilà dans cet antre qui lui correspondait le mieux. Avec des idées bien comprises, des visions intimes et significatives de la vie, cette jeune-femme n’était pourtant pas prête à affronter la vie. Les livres étaient, il se peut, les seules forteresses de son refuge.

29 décembre 2014

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11 thoughts on “La librairie bleue”

  1. Joli texte poulette, j’aime beaucoup ! C’est très doux, donne envie de s’évader, et ça construit tout autour de soi un petit monde simple et doux, imaginaire. J’aime.

    PS: j’ai retrouvé une vidéo de toi qui renifle un bouquin… comme à ta fameuse habitude, que tu as toujours et depuis toujours, j’adore. ♥♥

    1. J’avais envie de mettre l’ambiance de noël dans un texte… et je crois que c’est chose faite ! Merci pour ton commentaire, toi qui me donnera toujours ton avis… ♥

      PS : Oh je me souviens de cette vidéo ! C’est vrai que j’ai toujours le « tic »… d’ailleurs, les gens me regardent souvent bizarrement ! Mais moi, pour apprécier un livre, il faut que je le sente. C’est inévitable !

      1. Tu étais dans le couloir du lycée, assise par terre, je crois que je l’ai gardé, il faut absolument que tu revois certaines choses qui te rappelleront un tas de souvenirs ♥

  2. Telle une fan fidèle, j’ai trouvé ce texte très beau. J’ai l’impression d’y être décrite. Les livres sont mon seul échappatoire et je les aime tant pour cela. Je ne sais ce qui me permet, le temps d’un instant, de n’être plus dans une pièce, sur un lit ou assise à une table. Mon corps est ici, mais mon esprit est ailleurs. Je réalise les voyages les plus beaux que je ne pourrai jamais vivre, les expéditions les plus folles que je ne pourrai réaliser peut être un jour. Et c’est beau, juste avec des mots sur une page, en imaginant, de pouvoir vivre tant de choses.

    Magique. ❤

    1. Ton commentaire… ♥ Merci ma jolie, merci de me soutenir et d’être une lectrice fidèle !

      Tout ce que tu dis me rappelle un livre (que j’ai eu beaucoup de mal à lire) que je te conseille : « Le livre du voyage » de Bernard Werber. Très intéressant ! Il montre, comme tu le dis, la façon dont on peut être transporté rien qu’avec des mots.

      1. Il n’y a pas de quoi, vraiment, je me plais à te lire! ❤

        Je le prend en note aussi, un livre de plus, que j’essayerai de lire bientôt! Merci à toi!

  3. Je retrouve le bonheur qui s’échappe des pores de nos peaux, nous, écrivains, lecteurs avides de rencontres imaginaires. Merci pour ces mots qui parlent à nous qui sommes amoureux de ces endroits mystérieux, de ces librairies souvent désertes, dans lesquelles on se réfugie un instant pour retrouver la paix.

Philosophez :

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