Journal des souvenirs

Journal des souvenirs, 2

Comptine d'un automne

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Quand l’automne sonne, les écharpes et les gros pull s’annoncent. Le brouillard se forme en une sorte de parade froide, macabre. Il entoure les arbres de son gris massif, et ne les délaissent qu’à l’heure où le peuple se réveille. C’est le temps des chocolats, des plaintes à l’encontre du soleil, des mains qui se tarissent, qui deviennent bleues en nous jouant des tours.

L’automne éveille mes souvenirs. Ils prennent forme à l’odeur des feuilles humides sur le sol, au bruit de mes pas lorsque je les écrase tendrement, au froid qui caresse ma nuque et mes fines oreilles. L’automne c’est le temps des bonnets frivoles et de toutes les couleurs. Le temps des bottes en caoutchouc

C’est le temps de mes promenades enfantines dans les forêts pour trouver la plus belle feuille automnale, celle qui fera office de marque page pendant quelques jours. Celle dont la couleur surpasse toutes les autres, une couleur que nul ne peut retranscrire à l’aide d’un pinceau. C’est la feuille de mes rêves, celle qui sent bon, celle qui embaume mon esprit d’une vive douceur. Les couleurs de l’automne sont de loin les plus belles : rouge, marron, jaune et vert foncé. Chaudes, en paradoxe avec le froid glacial qui secoue nos jambettes. Ce sont les couleurs du feu en chaleur, en rut, prêt à exploser. Les arbres me font penser à un feu d’artifice : pan! du rouge, pan! du jaune.

Parmi toutes ces beautés, il y a moi. Petite fille aux cheveux blonds, aux joues et au nez un peu roses, aux yeux bleus-verts-gris, je n’ai jamais su les décrire en réalité. Maman dit que les bottes en caoutchouc sont nécessaires pour une ballade en forêt mais je n’ai qu’une envie : les enlever et sentir la matière des feuilles, de la mousse, des hautes herbes, des fougères sous mes pieds. Mes yeux, non, ne peuvent pas contempler tout ce charme. Aujourd’hui, je comprends les romantiques : la nature est un cadeau du ciel, un moyen d’élévation vers ce que la ville, la grande ville!, ne nous apporte pas. Je suis sans doute née au mauvais siècle ; j’aurais adoré débattre longuement sur les horizons d’une forêt en perdition et de ses couleurs sans pareilles. Parvenir à déceler la magie d’un lieu si grand, si immense pour mes simples petits yeux ! Voir au delà, parler aux feuilles, comprendre leur langage et prendre le temps de les écouter. Sentir les pulsations à l’intérieur d’un tronc, promettre que jamais, non jamais, je ne viendrais casser cette harmonie silencieuse qui émane des nerfs vivants de cette forêt paradisiaque.

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Philosophez :

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