Elle se leva, sans un bruit…

 

Elle se leva, sans un bruit, dans le noir absolu. Ses pieds effleurèrent le parquet d’habitude si bruyant ; elle donnait l’impression de voler. Sa robe de chambre glissa sur sa peau ; elle attacha ses cheveux en un chignon imparfait. Le salon, plongé dans l’obscurité, devint alors le cocon de son insomnie. Elle prit de mémoire son carnet posé sur le secrétaire et le crayon qui l’accompagnait. Elle s’avança, toujours délicatement, sans un bruit, jusqu’à la fenêtre de la salle à manger et l’ouvrit en grand. Un léger courant d’air frais passa dans ses cheveux qui virevoltèrent de plaisir. Et elle se mit à dessiner, à laisser vaguer le crayon dans sa course folle. Le bruit de la mine sur le papier avait le pouvoir de radoucir ses plus sombres pensées.

Dans sa concentration, elle en oublia l’ombre qui se dessinait dans son lit. Cette même ombre lui posa une main délicate sur l’épaule :
– Tu ne dors pas, dit l’ombre. Toujours à la même heure, tu viens ici.
Elle se retourna et le regarda.
– Les étoiles me parlent lorsque je m’allonge. Elles ont tant à dire. Elles sont la compagnie des insomniaques, de ceux qui ont peur de dormir.
– Les étoiles, mais où les vois-tu? Il n’y a que des nuages ce soir.
Elle serra son carnet dans ses mains et contempla une nouvelle fois le plus bel amour de sa vie : le ciel.
– Les étoiles ne sont pas toujours visibles, répondit-elle. Un peu comme des sentiments que l’on cache… Les nuages ne sont que des barrières, le temps qu’elles se refassent une beauté. Même les étoiles peuvent être fatiguées. Travailler la nuit et consoler les âmes en peine, c’est un sacré défi.

Voyant qu’elle ne se retournerait plus, il partit rejoindre leur lit, la laissant dans cette solitude qui était son défouloir. Elle l’entendit s’éloigner, le remercia en pensée d’accepter cette divergence. Un nouveau regard sur le papier maintenant noirci d’étoiles. Rien de bien réaliste, elle dessinait ses propres étoiles à elle. Elles étaient parfaites dans leur imperfection, les branches étaient tordues et bancales ; elles ne brillaient pas. Ses étoiles à elle étaient noires. Noires comme une mer calme, comme le tunnel de la vie. C’était sa non couleur préférée, c’est pour cela qu’elle aimait tant la nuit. Toutes les âmes endormies, seules restent toutes celles qui sont touchées, appelées par les ombres sur les murs de la ville. C’était pour elle qu’elle dessinait, mais aussi pour les autres. Elle savait qu’en dessinant, elle mettait des mots sur ce qui est indicible. Les étoiles le sont, déjà mortes et intouchables… Pourtant si brillantes. Elle en faisait partie. Elle était morte à l’intérieur plusieurs fois, sachant toujours se relever à chaque faux pas. Mais elle brillait parmi les étoiles et ne savait pas qu’elle était la plus belle d’entre toutes.

Une nuit sans étoiles

Et là, au beau milieu de la nuit, je sais que je suis seule, complètement seule. Je n’ai personne à qui parler, personne à appeler. Je suis terriblement seule. Jusqu’ici, je n’ai pas été vraiment seule. Je suis entourée, j’ai ma famille, mes amis. Je parviens à sourire, même à être heureuse par moment, à oublier la douleur qui chauffe en moi. Je ne l’oublie pas, lui, parce que je l’aime toujours.

J’aimerais échanger nos rôles, être celle qui quitte, celle qui est devenue incapable d’aimer, vide de tout, blasée par la vie. J’aimerais être qui écrit un texto pour quitter l’autre, qui ne cherche pas à s’expliquer, qui dit simplement que je ne ressens plus la même chose qu’avant. J’aimerais être celle qui parvient à mettre de côté ses sentiments. Ce côté me paraît si facile.

Mais non, moi je suis de l’autre côté, ce côté plus sombre que l’on appelle souffrir. Je suis celle qui est quittée. Celle qui va souffrir longtemps, sûrement, celle qui aurait dû réfléchir. Je suis celle qui, au beau milieu de la nuit, ne peut ni dormir, ni pleurer. Celle qui range les affaires de l’autre au fin fond d’une armoire derrière une pile de vêtements. Celle qui ne peut plus regarder une seule photo du passé par peur de sourire, par peur de pleurer. Mais je suis aussi celle qui ne pleure plus, qui ne peut plus.

Et là, en pleine nuit, sous la lune brillante et l’absence d’étoiles, je suis là. Mon coeur ne me fait plus mal. Je crois que je suis devenue vide moi aussi, et je suis fatiguée sans parvenir à dormir.

Lisez

« Ses histoires vivaient en lui de la même manière que lui vivait par elles : elles lui permettaient de voyager comme personne dans l’espace et le temps. »

Le livre des histoires perdues

Si vous n’arrivez plus à écrire, lisez.
Si vous ne pouvez partir, lisez.
Si vous êtes mélancolique, lisez.
Si vous êtes heureux, lisez.
Si vous aimez la vie, lisez.
Si vous sombrez dans le gouffre, lisez.
Si vous aimez les rencontres, lisez.
Si vous n’aimez pas la foule, lisez.
Si vous détestez sortir, lisez.
Si vous aimez faire la fête, lisez.

Lisez. Voyagez. La lecture est faite pour tous.
Elle sauve, elle est la bulle d’oxygène nécessaire pour remonter à la surface.
Elle est l’escalier qui mène vers l’idéal. Plus jamais vous ne serez sous terre.
Elle est les ailes qui vous pousseront derrière le dos.
Elle est parfois tout ce qu’il nous reste, pour partir, pour s’enfuir.

Alors lisez, voyagez, riez, pleurez.
Les mots seront votre pansement.
Les personnages, vos amis.
Ils ne vous lâcheront jamais.

Mes très chers premiers élèves,

Sonne l’heure de nous dire au revoir. Pas d’adieux car, je le sens au fond de moi et je l’espère au fond de vous, que nous resterons toujours liés par notre première rencontre et par ces heures passées à lire, à débattre et à apprendre.

Cette année fut difficile – les loges du spectacle, que vous ne connaissez pas et dont vous ne soupçonnez peut-être pas l’existence, ont été pleines de travail acharné, de doutes et parfois de peurs. J’ai voulu vous donner le meilleur de moi-même pour qu’à chaque instant, même les plus brefs, la flamme de ma passion brille et s’évade pour rencontrer vos esprits.

Je vous ai parfois mal aimés lorsque vous parliez en même temps que moi ou lorsque j’entendais vos longs soupirs quand j’annonçais une nouvelle et longue – intense pour vous – lecture. Mais je vous ai très souvent aimé d’avoir franchi des obstacles, d’avoir été parfois si curieux, de m’avoir posé des questions dont je ne possédais que des maigres réponses.

Parce que je suis jeune et que vous le savez. Mais jamais n’ai-je entendu le moindre désaccord lié à mon âge : j’étais – je suis – le professeur et vous étiez – vous êtes – mes élèves. Ce mot d’ « élève » a longtemps occupé mes songes lors de ces deux mois d’été avant notre première rencontre. Je ne savais pas comment l’appréhender, comment apprendre à le connaître et comment en être à la hauteur. Mais tout est venu si naturellement : nos esprits se sont croisés et l’aventure a commencé.

Quelle aventure ! Que de vous apprendre la littérature, le sens du débat, la pluralité des interprétations et la beauté de la langue française. Quelle aventure ! Que de travailler tard le soir pour ne décevoir personne – surtout moi-même. Quelle aventure ! Que de regarder vos yeux grands ouverts lorsque je divaguais dans mes longs discours, lorsque ma voix prenait de l’amplitude et lorsque vous perceviez, je l’espère, toute la passion qui m’anime.

Quelle aventure ! Que de vous connaître, que de remuer ciel et terre pour être juste, pour défendre l’instruction telle que je la conçois.

J’ai dû m’insérer dans des cases prédéfinies pour vous enseigner ma passion. Mais je crois percevoir ma touche, ma signature comme l’on dit de l’artiste, ce petit quelque chose qui me rend singulière.

Nous avons passé dix mois ensemble, confinés dans une petite salle profonde et teintée de peu de lumière. Mais vous avez été en quelque sorte ces lumières qui manquaient à la pièce. Chacun à votre façon, dans vos singularités que je contemple avec émerveillement, vous avez su briller.

Et ces chaises vides, qui le resteront jusqu’à la rentrée et le jour où vous rencontrerez votre nouveau professeur, m’émeuvent.

À toi, l’élève lecteur. À toi, l’élève moqueur.

À toi, l’élève ennuyé. À toi, l’élève fatigué.

À toi, l’élève curieux. À toi, l’élève belliqueux.

À toi, l’élève rêveur.

À vous, de m’avoir tant apporté sans même le soupçonner, d’avoir été patients et de m’avoir écouté.

Mme B.

Les mille couleurs du ciel

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Assise devant son clavier, elle était partie pour écrire sur le monde et les situations dans lesquelles le chaos médiatique nous plonge de plus en plus, jusqu’au cou. Mais ses mots n’avaient aucune saveur, aucune force et, presque même, aucun espoir. Elle prône l’espoir comme une évidence, ne sachant plus très bien si cette notion est encore d’actualité. « Vivre avec son temps ». Si tel est le cas, il faut avoir peur. Ayez peur, chers citoyens de la patrie, chers citoyens du monde. Elle et tous les autres commencent à percevoir l’idée pour laquelle ils prennent les humains pour des idiots.

Vous connaissez cette phrase que nous avons tous dit un jour « Ne me prends pas par les sentiments »? Ou encore « Tu joues avec mes sentiments »? N’est-ce pas ce qu’ils sont en train de faire, les gens de là-haut, ces gens qui se sentent supérieurs puisqu’ils prétendent parler au nom d’un peuple? Le pathos, à longueur de journée, sur ces chaînes de télévision qui vous noient, qui vous asphyxient petit à petit, jusqu’à vous laisser seul, même entouré, sur votre pauvre canapé délabré.

Éteignez vos télévisions, rangez un peu vos téléphones, respirez l’air du dehors. Depuis combien de temps la saveur d’un petit rayon de soleil n’a-t-il pas fait frétiller vos peaux? Depuis combien de temps n’avez-vous pas senti la mousse verte et fraîche doucement câlinée par le tronc d’un arbre? Depuis combien de temps n’avez-vous pas profiter de l’instant avec vos amis, votre famille ou votre amour?

Vous n’avez plus le temps parce que votre cerveau est ailleurs. Ils nous prennent par les sentiments, ils jouent avec nos peurs absolues. La réalité devient cauchemar pour peu que nous y pensions à chaque instant. Alors sortez prendre l’air, marcher un peu, découvrir le monde et ses mille couleurs dans le ciel. Si cet entonnoir, placé tout droit dans vos oreilles, vous fait mal : retirez-le.

Dix ans

45

Aujourd’hui, j’ai vingt-deux ans. L’éternel « le temps passe vite ». Et cela fait dix ans, année pour année, que j’écris. J’ai très vite ressenti ce besoin dévorant d’écrire ma vie, d’exprimer mes sentiments, de les analyser à l’encre noire. J’avais envie de les partager. Alors j’ai sauté le pas, j’ai écrit et je ne me suis plus arrêtée. Autrefois, j’écrivais sur un site très connu par les jeunes. J’ai commencé par poster des images que je trouvais sur internet et qui reflétaient ce que je ressentais. Vous savez, ce genre d’images animées avec des couleurs fluo et des messages qui touchaient. C’était ma première façon de montrer aux autres mes sentiments. Ensuite, j’ai commencé à écrire, petit bout par petit bout, de très courtes phrases pour dire comment j’allais. Est-ce que quelqu’un me lisait ? Je crois que ça n’avait aucune importance, à l’époque. J’écrivais parce que j’en avais besoin, parce qu’il fallait que ça sorte. Mais alors, pourquoi le montrer au monde entier, en public? Je ne sais plus. Il s’agissait peut-être de narcissisme, d’effet de mode ou de textes dirigés par sous-entendus vers des personnes qui me liraient. J’ai pris divers pseudos qui reflétaient mes états : rockeuse, le surnom que me donnait ma famille, l’ange diabolique, des surnoms en japonais… Tous aussi rigolos les uns que les autres. Et un jour, un sombre jour, mon blog s’est transformé en « heart in crumbs« . Coeur en miettes. J’étais une vraie adolescente. De celle qui se noie un peu plus chaque jour dans l’amour et les chagrins, de celle qui voulait s’ouvrir les veines pour calmer les palpitations, de celle qui cognait un peu partout dans tous les recoins de sa tête pour pouvoir s’en sortir, de celle qui cachait des choses à ses parents. Il fallait que je cogne quelque part et j’ai cogné sur mon blog. Les mots sont devenus ma seule défense contre un monde qui semblait, je le pensais, tomber continuellement sur mon dos. Ce dernier s’est fragilisé au fil du temps et j’en ressens aujourd’hui quelques séquelles. Tout ce blog, tout cet univers que j’ai construit, était noir, intense et violent. Mes mots étaient bruts et résonnaient en moi comme un soulagement. J’ai rencontré des personnes formidables, des êtres toujours virtuels que j’apprenais à connaître derrière mon écran. Mais lorsque l’on accumule trop de haine et de chagrin – comme dans la « vraie » vie – on étouffe. Alors j’ai changé d’air. Mon nouvel univers se nommait dorénavant « Smoke Mood« . Je ne sais pas comment traduire ces deux mots… L’humeur dans la fumée ? Une fumée d’humeur? Déjà un peu plus jovial. Ce n’était plus le « cœur en miettes ». Je me suis mise à la poésie, sur ce nouveau blog, je m’y suis essayée et je crois que cela avait donné quelque chose de beau. J’écrivais presque chaque jour et ce blog s’est très vite étouffé lui-même. Je n’écrivais jamais sous mon vrai prénom, je m’étais inventé un pseudo. J’étais Lolita. Allez savoir pourquoi. C’était comme un alter ego invisible, un autre moi qui prenait place quand je posais les doigts sur le clavier. Mais un soir, alors que je tentais de faire sortir cet autre moi pour pouvoir écrire ma vie, j’ai ressenti mon premier blocage. Ce n’était plus vraiment moi, je m’étais perdue à force d’écrire. Je ne savais plus parler. Je ne savais plus me confier dans la vraie vie. J’étais devenue cet être de papier dont tout le monde parle. Je me souviens de ce message d’une personne qui m’est chère (tentative de reconstruction) : « Il faut que tu parles. Tu ne peux plus continuer à simplement écrire ce que tu ressens. Parle-moi, je suis là ».

Il y a trois ans maintenant, je suis arrivée ici. « Une baudelairienne » a d’abord été crée sur un autre site, puis j’ai migré. Et je me suis assumée. J’ai écrit sous mon vrai prénom et je me suis retrouvée. Je n’écris plus tous mes sentiments car il faut se rendre à l’évidence : toutes les sensations ne sont pas descriptibles. Je n’écris plus ou presque plus mon chagrin, je pousse des gueulantes de mon côté, sur mes fichiers personnels. Je n’écris plus seulement pour moi, mais pour les autres. Parce qu’au fil des années, de ces dix ans, j’ai créé une toute petite communauté qui me suit. Ce sont des visages derrière ces écrans d’ordinateur, des petits doigts qui m’écrivent des commentaires, des sourires ou des larmes, du besoin que je dise les choses. Alors j’écris pour eux, souvent.

Dix ans, c’est long. J’avais douze ans lorsque j’ouvris mon premier blog. Douze ans ! Et me voilà, à vingt-deux ans, en couple durable, stable en amitié, avec un appartement, des parents à qui rendre visite le week-end avec le sourire, un métier qui me tend les bras et des responsabilités. Vous ne vous êtes jamais dit « si j’avais su » ? Si j’avais su tout cela, je n’aurais pas écrit. Et si je n’avais pas écrit, je ne serais pas là.

Je peux le dire : l’écriture est la plus belle des choses qui me soit arrivée. L’écriture m’a sauvé dans les moments de brouillard, m’a soulevé quand les autres me faisaient chuter, m’a fait perdre pied dans la réalité, m’a fait me perdre dans la forêt de la vie. Mais je n’ai jamais cessé d’aimer écrire parce que j’ai gravi toute une montagne pour en arriver là. Et depuis peu, j’en commence une toute nouvelle.

Je vous souhaite

Je vous souhaite des sourires à n’en plus finir.
Je vous souhaite des projets dans votre avenir.
Je vous souhaite des lectures qui font le coeur s’émouvoir.
Je vous souhaite d’écrire toutes vos histoires.

Je vous souhaite mille étincelles.
Je vous souhaite de briller sous un ciel plein d’étoiles.
Je vous souhaite d’être aimés et d’aimer en retour.
Je vous souhaite de vous armer d’amitié contre l’hypocrisie.

Je vous souhaite de voyager dans des lignes infinis.
Je vous souhaite de vivre comme vous en avez l’envie.
Je vous souhaite un milliard d’éclaircies à travers le brouillard.
Je vous souhaite une main qui vous cherche dans le noir.

Je vous souhaite à tous, à toutes, une très belle année 2017.